☆ Fondant Grignote ☆

mardi 23 avril 2019

L'univers des jeux "Yakuza"

Comme pour "Shenmue", j'ai de nouveau demandé à Totoro de présenter un jeu vidéo lié à certains aspects structurant la société japonaise.

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"Yakuza", le cœur du Japon

"Yakuza" est une saga de 7 jeux (canoniques ou "l'histoire véritable") et de nombreux spin-offs (prolongement de l'univers de manière non-canonique) s'étalant de 2005 sur Playstation 2 à 2018 sur Playstation 4. C'est un jeu en "monde ouvert", c'est-à-dire que le joueur est libre de se déplacer où il veut. Il mélange jeu d'action et de combat le long d'une quête principale souvent passionnante, ponctuée de petites quêtes annexes assez redondantes, elles, et de mini-jeux souvent très drôles.

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Japon d'hier et d'aujourd'hui

La série de jeux "Yakuza" dispose d'un univers très riche, autant au niveau des personnages que des lieux visités. Contrairement à beaucoup de jeux en monde ouvert, les "Yakuza" se déroulent à l'échelle d'un petit quartier de Tokyo, Kamurochô (inspiré du quartier réel Kabukichô, reconnaissable par son grand portique rouge) mais également d'autres quartiers de villes japonaises, allant d'Okinawa à Osaka, en passant par Hiroshima. Les lieux respirent la vie japonaise à pleins poumons. Les marchands, les ambiances, les couleurs... C'est simple, nous y sommes. De plus, le déroulement chronologique des jeux (passant de 1988 pour Yakuza 0, à 2016 pour Yakuza 6) montre un quartier en pleine évolution, avec des passants ancrés dans leurs époques.

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Roman graphique

L'histoire des jeux "Yakuza" est portée par une écriture soignée et poignante. C'est l'écrivain Japonais Hase Seishû qui a lancé l'histoire du premier épisode, histoire complexe, base d'une arborescence absolument fabuleuse pour les autres épisodes de la saga.
L'histoire commence en 2005, lorsque Kiryû Kazuma, ex-Yakuza, sort de 10 ans de prison pour avoir endossé l'assassinat de son oyabun (chef de famille), crime qu'il n'a pas commis. Il décide alors d'enquêter sur la disparition de son amour d'enfance, Yumi, et découvre avec stupeur les rêves de pouvoir de son ami d'enfance, Akira, ami qui est le véritable assassin de l'oyabun et pour lequel Kiryû s'est sacrifié.
En effet, Kiryû, Akira et Yumi ont été élevés ensemble dans le même orphelinat, sous la protection d'un Yakuza réputé pour sa droiture. Malgré ses avertissements, Kiryû et Akira finiront par devenir Yakuza eux-mêmes, au sein de la puissante famille Dôjima du clan Tôjô. Lorsque le patriarche Dôjima essaie de violer Yuki, Akira le tue. Kiryû endosse le crime, passe 10 ans en prison et se voit exclu de son clan. A sa sortie, il ne reconnaît pas le quartier qu'il a quitté 10 ans auparavant. Ni ses amis.

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Le dragon de Dôjima

C'est bien là que réside, à mon sens, la grande force de cette série. Son histoire et ses personnages, complexes, entrent dans les moindres détails du fonctionnement des clan Yakuza, de leur code d'honneur, des règles de succession à la tête des clans et de la complexité des affaires les concernant.
Mais au-delà de ça, les jeux traitent de sujets bien plus profonds : l'amour, l'amitié, le pardon et l'oubli.
Avant de partir en prison, Kiryû était un Yakuza extrêmement craint et respecté malgré son jeune âge. Le dragon de Dôjima, comme on l'appelle au sein du clan Tôjô, est un combattant hors pair, un homme d'honneur, torturé par son statut de Yakuza et sa bonté. Lors du premier épisode, il recueille Haruka, la fille de Yumi, son amour d'enfance. A partir de là va s'étendre une magnifique histoire de filiation et de protection patriarcale, parfois maladroite : cet homme est fait pour le combat mais seulement pour protéger ce qu'il a de plus cher. La relation entre Haruka, jeune fille de 9 ans dans le premier épisode et jeune femme de 20 ans dans le dernier, et Kiryû, est au centre de toutes les histoires complexes au sein de ce milieu mafieux.
Car oui, malgré son titre occidental, le jeu ne traite pas que des Yakuzas, mais de bien d'autres choses. D'ailleurs, le titre japonais "Ryû ga gotoku" ("Comme un dragon") n'est pas aussi réducteur.
Kiryû est un dragon. Il en a un dans le dos (le tatouage, sacré pour les Yakuza, représentant son esprit) mais il en a surtout un dans le cœur. Il défendra becs et ongles ce qui lui est cher, n'hésitant pas à se retourner maintes fois contre son clan ou ses supérieurs s'il estime qu'il y a une injustice. Ce personnage m'a profondément marqué par son humanité et sa droiture.

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Actors Studio

Les autres personnages de "Yakuza" ne sont pas en reste, avec une modélisation faciale incroyable. Elle transmet les émotions et nous permet de voir de grands acteurs en action, tout comme l'inénarrable Takeshi Kitano du 6e épisode. En parlant d'émotions, le 6e épisode de "Yakuza", "The song of life", marque la fin des aventures de Kiryû, mais pas celle de la saga. D'autres jeux se déroulant dans cet univers gigantesque viendront.

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(Takeshi Kitano dans un tout autre registre que "L'été de Kikujiro")

Pour conclure, ayant parcouru le quartier de Kamurochô pendant plus de 20 ans (in-game), j'ai l'impression d'avoir vu du "vrai" Japon. Ce jeu donne de puissantes charges sensorielles, allant de l'admiration face à un plat traditionnel dégusté dans une ruelle de Tokyo à une randonnée sur les hauteurs d'Hiroshima. Mais également des charges émotives inoubliables, allant des éclats de rire d'un Kiryû se dandinant dans un karaoké, à la mort et à la trahison de certains personnages, dans des scènes où chaque coup donné fait aussi mal que s'il était vraiment reçu. Je ne vous cache pas les quelques larmes que je n'ai pu retenir face à celles de Kiryû à certains moments du jeu, ou la fierté de faire ce qui est juste envers et contre tout.
L'émotion du Japon et de ses valeurs dans un jeu vidéo, c'est inoubliable.

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(billet 2019 n°23)
(présentation, programme et choco-récap par là)

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lundi 22 avril 2019

Kazuiro Kirishima, "Mémoires d'un lutteur de sumô"

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Dans les années 80-90, Kirishima, de son vrai nom Kazumi Yoshinaga, né en 1959, a été un sumotori renommé, voire révéré par certains supporters ; il a même atteint le rang d'Ôzeki (Grand Champion), le grade juste en-dessous de Yokozuna (Champion Suprême). Dans cet ouvrage, il raconte son parcours, ses sacrifices, ses victoires mais aussi ses défaites, avec, me semble-t-il, beaucoup d'honnêteté (en plus du sport noble qu'il pratique, il aime aussi écrire, peindre et... faire du golf ^_^).

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De son enfance pauvre sur l'île de Kyushu à son acceptation dans une heya de Tokyo (équipe de sumô qui fait office de pension de famille / école / cantine / gymnase / clan soudé), en passant par le choix de son nom de "scène" (en hommage à un massif montagneux de sa région natale), ses phases de questionnement et de découragement, son dévouement à sa mère, sa rencontre avec son épouse, son mariage "un enfant dans les bras" et ses débuts comme propriétaire de restaurant (au Chanko Kirishima, à Tokyo, vous pouvez encore aujourd'hui déguster des "marmites" - chanko-nabe - comme celles servies aux lutteurs : composées d'ingrédients très variés cuits dans un bouillon. La base de notre marmite est un consommé de poulet très savoureux et complètement dégraissé).

J'ai été particulièrement intéressée par son combat pour grossir et par le régime phénoménal qu'il s'imposait : il avait en effet du mal à prendre le poids nécessaire et a toujours vécu ça comme une épreuve, ayant hâte d'un jour pouvoir manger selon ses envies, en toute liberté (comment ne pas songer au roman Le sumo qui ne pouvait pas grossir d'E-E. Schmitt ?). Les nombreuses pages évoquant sa vie de famille et ses relations avec sa femme m'ont également passionnée : à la fois coach, femme d'affaires, épouse avisée, Naoko occupe une place essentielle dans le destin de Kirishima. Enfin, découvrir les coulisses, les valeurs et les codes de ce sport assez méconnu en Europe s'est révélé très instructif. Bref, je ne connaissais pas du tout Kirishima avant cette lecture mais j'ai trouvé cette personnalité très sympathique. Merci, Totoro, pour le prêt ! ^_^
213 pages + un album photos

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(billet 2019 n°22)
(présentation, programme et choco-récap par là)

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(billet 2019 n°8)

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dimanche 21 avril 2019

Kodawari Ramen : comme au Japon !

Le dimanche, ce sont les Gourmandises avec Syl !

LaurentAuxFourneaux

Aujourd'hui, RDV au restaurant Kodawari Ramen (site web29, Rue Mazarine - Paris.

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Lors du week-end que j'ai récemment passé à Paris avec 3 copines, Lisa, l'une d'entre elles, nous a fait découvrir un petit coin de Japon au coeur du 6ème arrondissement. Ce restaurant, visiblement très couru (nous avons patienté une grosse demi-heure sur le trottoir avant d'être placées au comptoir qui longe les cuisines), est non seulement délicieux mais il propose aussi une immersion totale dans une ruelle nippone "by night". 

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La reconstitution est avant tout visuelle (déco, affiches, petites annonces, vélo, téléphone public, éclairages, enseignes, journaux, cloisons en bois) mais aussi sonore (bruits de métro, de pluie tombant sur les toits de tôles ou encore conversations) : effet garanti ! Le voyage m'a évidemment beaucoup plu...

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Et le repas aussi ! Si la carte est très réduite, le service est assez rapide et les suggestions de qualité. C'est simple : en regardant nos généreux bols de ramens, je revoyais certaines pages du Gourmet solitaire de Taniguchi ! Ci-dessous, à gauche, le ramen au porc et aux oeufs marinés de Ness ; à droite, mon bol "crémeux et léger" à base de poulet, de coquillages et de citron : le tout, délicieux, subtil et savoureux.

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En dessert, dorayakis réalisés sur place, sous nos yeux, par un artiste pâtissier ! A la fleur de sel pour Ness et moi, ricotta/yuzu pour Lisa (ci-dessus) : miam ! Bonus : la bouteille de limonade japonaise parfum melon sirotée par Suzanne.

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Les prix sont franchement abordables et on passe une soirée pour le moins originale. Est-ce une adresse que vous connaissez déjà ?

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Une petite chose encore. Si je veux conclure sur une touche nostalgique, je dirais que cet endroit m'a beaucoup fait penser au restaurant tenu par le père de Lucile dans "Lucile, Amour & Rock'n Roll" : vous vous souvenez ? :-) Le comptoir, les cuisiniers, les drapeaux suspendus en devanture... Très, très chouette !

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Sinon, dans un autre style et en m'inspirant d'un post alléchant de Lou, voici ci-dessus une grande assiette japonaise façon "bento à se partager" qui nous a bien plu : concombre, avocat, coeur de saumon (même le Lardon a aimé et pourtant ça changeait fortement de ses habitudes).

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(billet 2019 n°21)
(présentation, programme et choco-récap par là)

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samedi 20 avril 2019

Kazuo Iwamura, "La famille Souris se couche"

Thème du jour - Album jeunesse.

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Depuis toute petite, j'aime la Famille Souris. Et depuis quelques semaines, le Lardon découvre à son tour les adorables et célébrissimes albums du Japonais Kazuo Iwamura, dans des éditions en petit format qui sont encore plus adaptées aux petites menottes. Quelle douceur dans ce volume-ci !  

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Nous y suivons les grands moments qui rythment la soirée de ces 14 rongeurs tout mignons : le retour de la cueillette, la préparation du dîner, le bain, le repas suivi de la veillée, le brossage des quenottes, les pyjamas, l'histoire lue à haute voix, la berceuse de Grand-Mère et puis les lumières qui s'éteignent à l'étage des petits. Bonne nuit, tout le monde...

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Au-delà d'un livre plein de tendresse (avec de petits détails toujours ravissants) et d'un message sur le vivre-ensemble (chacun a son rôle, sa place, on s'entraide, on partage), cet ouvrage (comme les autres de la série, d'ailleurs) reste aussi très représentatif du Japon et de ses coutumes : les grands-parents qui vivent à la maison, la façon de se laver dans une salle de bain très traditionnelle, les couvertures délicatement posées sur les lits... (eh non, pas de futons posés sur des tatamis mais de vrais sommiers en brindilles)

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Est-ce que vous aussi, vous craquez pour ces frimousses à moustaches qui vivent dans le creux d'un grand chêne ? ;-)

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(billet 2019 n°20)
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vendredi 19 avril 2019

"Your Name", un film (inattendu) de Makoto Shinkai / à l'école avec Ichiban Japan

Thème du jour - Cinéma.

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(bande-annonce)

Voilà une merveilleuse histoire teintée de fantastique, très émouvante, vue avec Totoro en V.O. sous-titrée, et sortie en 2016. Je l'ai trouvée honnêtement un peu compliquée à suivre au niveau de la temporalité mais vraiment bien pensée et ficelée. Makoto Shinkai (réalisateur et graphiste de jeux vidéo né en 1973) adapte ici en anime son propre roman...

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Mitsuha et Taki ont 17 ans. D'un côté, Mitsuha vit dans une petite ville, entre un lac et une grande forêt, dans une famille qui a la charge du temple de la région, et rêve de vivre à Tokyo. De l'autre, Taki habite la capitale, gigantesque et fourmillante, étudie dans un grand lycée avec ses 2 meilleurs copains et travaille le soir comme serveur dans un restaurant italien.

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Un jour, alors qu'une comète s'apprête à traverser notre ciel, Taki se réveille dans le corps de Mitsuha, et vice versa. La première question qui se pose est : comment faire, quand on se retrouve ainsi parachuté dans la vie de quelqu'un d'autre ? Certes, l'échange des sexes prête d'abord à sourire mais l'aspect purement physique et basique se trouve vite évacué.

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"Décidément, tu aimes vraiment beaucoup tes seins !"
lance la petite soeur à son néné aînée (ok, elle était trop facile).

Il reste alors la difficulté de comprendre ce que ressent l'autre, de quelle façon il vit, selon quels codes, comment les autres le voient et quel lien l'unit à eux (et là, on perçoit toutes les subtilités de la langue japonaise). La seconde question est : pourquoi ? Et la question qui, peut-être, éclipse toutes les autres : qui est cet autre qui prend ma place, quel est son nom ?

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Ce film interroge des thèmes forts comme l'amour, l'identité, la perte, la mémoire. Le contraste entre les 2 mondes des personnages principaux (la ruralité et la tradition pour Mitsuha, la grande cité et la modernité pour Taki) est très parlant et bien exploité. Un énorme travail a été réalisé pour aider le spectateur à cerner les personnalités des 2 héros et à les reconnaître. Dernier point : visuellement, ce film est un petit bijou ! D'ailleurs, on en oublie presque qu'il s'agit d'un film d'animation, tant les jeux de caméras, les lumières, les couleurs et les textures sont au point. L'ensemble est donc bien plus actuel qu'une production Ghibli, par exemple.

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On a beaucoup aimé. Et Totoro l'a regardé 3 fois, quasiment coup sur coup !

Zoom sur... 

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(image du dessin animé "Le collège fou fou fou" : ça vous rappelle quelque chose ? ^_^)

... les vidéos d'Ichiban Japan et l'école au Japon :

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Guigui (à gauche) fait découvrir le Japon au Chef Otaku (à droite), spécialiste de "Dragon Ball"
dont Totoro adore les vidéos (forcément, j'en profite aussi ;-p).

En complément : je ne sais pas si vous connaissez les vidéos de Guigui, alias Ichiban Japan, un jeune Français très sympathique qui, après 8 voyages au Japon, a décidé de s'y installer en 2017. C'est Totoro qui m'a fait découvrir ses reportages et, en lien avec les vies de lycéens de Mitsuha et de Taki, voici 3 vidéos qui valent le détour car Guigui nous emmène tour à tour dans un lycée de filles, dans un lycée sportif pour garçons et même dans une école maternelle !

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Très intéressant pour ceux qui, comme nous, sont curieux de voir comment ça se passe dans le milieu scolaire là-bas et de comparer inévitablement avec la France !

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La petite info qui m'a marquée : au Japon, on ne peut pas devenir professeur en maternelle si on ne sait pas jouer du piano ! C'est une condition obligatoire pour exercer ce métier (et en effet, dans la capsule, on mesure aisément l'importance de la musique en classe ; pas pour moi, donc).

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Je suis en outre admirative du fait qu'on responsabilise énormément les élèves, dès le plus jeune âge : servir le repas, essuyer les tables, nettoyer le sol de la classe... Un exemple à suivre, assurément.

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(billet 2019 n°19)
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