Mon défi de la semaine passée : lire ENFIN jusqu'au bout ce roman de l'Anglaise Frances Hodgson Burnett entamé il y a plusieurs années, lâchement abandonné au bout de 3 soirs et d'une centaine de pages et complètement délaissé depuis. Le Mois Anglais me permet de lui donner une seconde chance et heureusement, car ce roman publié en 1911 est un vrai rayon de soleil (anglais, si si).
Après un petit tour dans un jardin bien réel, rendons-nous dans un endroit féerique...

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(petite mélodie dans la tête : "Under the ivy" par my dear Kate Bush née dans le Kent)

Mary Lennox, 10 ans, doit brutalement quitter les Indes où elle vivait jusqu'à lors et rentrer en Angleterre pour fuir l'épidémie de choléra qui a décimé toute sa maisonnée. Elevée par une nourrice indigène qui se pliait à ses 4 volontés, totalement délaissée par ses parents, livrée à elle-même, elle est devenue malgré elle une fillette solitaire, dure, égoïste et revêche.
En prenant le bateau pour l'Angleterre, elle laisse derrière elle son ancienne vie et est recueillie par son oncle, Mr Craven, qui possède dans le Yorkshire une immense et intimidante demeure ! Et comme il n'est jamais là, Mary peut explorer la résidence :

Il y avait un coussin dans le coin du divan et, dans le velours qui le recouvrait, on pouvait voir un trou par lequel passait une minuscule tête avec une paire d'yeux tout effrayés. Mary s'approcha sur la pointe des pieds pour mieux voir. C'était une petite souris grise qui avait fait son trou dans le coussin et s'y était confortablement installée avec ses six petits qui dormaient tout près d'elle. Si les cent pièces de la maison étaient complètement désertes, il y avait ici sept souris qui n'avaient pas l'air de s'ennuyer du tout.

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(les souris de Beatrix Potter ne sont pas loin...)
A ce propos, Nathchoco nous parle du petit monde bucolique de Miss Potter ; Karine, elle, est allée visiter Hill Top.

La riche demeure est également entourée de merveilleux jardins, dont un est fermé à clé depuis 10 ans : le petit paradis que Mme Craven, l'épouse adorée du propriétaire, passionnée de roses, avait créé avec amour. Mais Mme Craven est morte en mettant au monde Colin, leur fils chétif, malade et colérique, qui, à 10 ans, reste enfermé dans une chambre reculée du manoir, ne veut absolument pas en sortir et crie sur tous les domestiques.
C'est sans compter sur l'influence de la petite Mary qui, sur la lande, va se métamorphoser complètement ! Grâce au jardin clos, retourné à la vie sauvage, dont elle va retrouver l'entrée. Grâce à Ben Weatherstaff, le vieux jardinier. Grâce à un rouge-gorge facétieux. Grâce à Martha, la jeune domestique à peine plus âgée qu'elle et qui n'a pas la langue dans sa poche ! Grâce à la famille de Martha, en particulier sa mère, généreuse et pleine de bon sens populaire ("une bonne pinte de rire chaque matin guérirait même un bonhomme du typhus"), et son frère Dickon, qui parle aux grives et charme les écureuils...

- J'suis venu sur mon poney, c'matin, dit-il. Il s'appelle Jump. Ã‡a, c'est une brave bête ! J'ai pris aussi ces deux lascars avec moi, un dans chaque poche. Celui-là, c'est Casse, et l'autre, je l'appelle Noisette.
Quand il prononça le nom de Casse, un des écureuils vint se percher sur son épaule droite, et ce fut ensuite au tour de Noisette de grimper sur la gauche.

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En lisant cette histoire, j'ai songé à Miss Charity et les nombreux passages consacrés au domaine mystérieux m'ont fait penser (totalement) en vrac à La faute de l'abbé Mouret de Zola, à Anne Shirley, à Martine embellit son jardin, à Avril enchanté, à notre jardin à nous et aussi, justement, à des photos de la plus anglaise des dessinatrices américaines, Tasha Tudor (1915-2008) : photos prises chez elle, dans son émouvant univers du XIXe siècle, au milieu de ses fleurs ou de son potager.

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- Quand je jardine, je ne sens pas la fatigue. J'aime bien respirer l'odeur de la terre qu'on vient de retourner.
- C'est très bon pour la santé, fit Dickon en hochant la tête d'un air entendu. Rien d'tel qu'une bonne odeur de terre fraîche. J'connais rien de meilleur, sauf l'odeur des plantes quand la pluie vient d'tomber.

En un mot, ce roman très doux est un vrai bonheur qui laisse tout guilleret !
L'histoire paraît certes très simple, toute gentille et pleine de bons sentiments mais c'est aussi un récit tout en symboles sur l'éducation, l'amitié, l'amour et l'estime de soi : de l'hiver à l'été, on assiste à l'épanouissement des roses en même temps qu'à celui de Mary. Et j'ai aimé les accompagner dans ce beau voyage, elle et ses amis... car qui n'a jamais rêvé de se régaler de pommes de terre chaudes, de bons œufs, accompagnés de lait frais et mousseux à souhait, de gâteaux d'avoine, de brioches, de miel de bruyère et de crème fouettée dans une telle cachette enchantée ?

"Tu sais qu'on ne te dérangera pas, dit Dickon au rouge-gorge. Nous sommes un peu sauvages, nous aussi, et grâce à toi, nous pouvons aussi aménager notre nid. Mais n'va pas le chanter sur tous les toits !"

Les gens peuvent changer, tout au moins au contact de ce jardin magique : il suffit de leur donner leur chance, comme je l'ai fait avec ce charmant roman d'apprentissage. Vous retrouverez ce récit chez Aline et chez Petit Speculoos.
458 pages

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