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Un vrai coup de cœur, d'abord repéré chez Lou, chez L'Or puis sur les rayonnages de la médiathèque ! Dévoré en à peine plus de 24 heures. Un merveilleux voyage dans le temps, dans un autre monde, et sur une portée musicale...

Elise Landau, 19 ans, est issue d'une riche famille juive de Vienne évoluant dans un raffinement joyeusement bohème : sa mère est cantatrice, son père écrivain, sa sœur aînée Margot adorable bien qu'elle soit mariée à un homme dénué d'humour. Elise ne ressemble pourtant pas aux siens : alors qu'ils sont tous charmants, élancés et artistes, elle se juge pataude, ingrate et immature.
Au printemps 1938, son destin va basculer. Alors que Margot s'apprête à suivre son époux à San Francisco, où il a été recruté pour enseigner à l'université, tandis que sa mère décroche un contrat avec un opéra new yorkais et que ses parents projettent de partir pour les Etats-Unis eux aussi, Elise est envoyée en Angleterre, dans le Dorset : servante au manoir de Tyneford, elle y sera à l'abri d'une guerre imminente. Par ailleurs, son père lui confie, enclos dans un violon, un exemplaire de son dernier manuscrit.

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De l'autre côté de la Manche, la jeune fille découvre une autre culture, une autre vie, dans un petit village attachant, rythmé par le ressac de la mer et les bêlements des moutons. Mais surtout, elle découvre la vieille demeure de la famille Rivers : Mr Rivers, veuf quadragénaire et lettré, et son fils, Kit, fougueux et séduisant. Auprès du majordome Mr Wrexham, et de la gouvernante en chef, Mrs Ellsworth, Elise va apprendre à servir ses nouveaux maîtres. Elle qui faisait partie de la classe aisée devient une domestique. Rien n'est facile car elle n'est plus riche et n'est pas vraiment une employée non plus : aucun de ces deux univers ne semble vouloir d'elle. Et pourtant, au fil des mois et des événements mondiaux, Elise se fera adopter par les deux mondes, tout en essayant vainement de garder contact avec son passé autrichien doré et disparu à jamais.

J'aimais être à la cuisine. Cela me rappelait mon chez-moi et les heures passées à encombrer Hildegard pendant qu'elle confectionnait une sachertorte ou coupait du steak pour un goulash. Les odeurs de la cuisine de Mrs Ellsworth étaient différentes - poires, graisse de bœuf, bacon, hareng fumé, petits pains au lait et crème anglaise - mais elles me plaisaient tout autant. Je venais de préparer ma première tourte au poisson et au persil et me sentis assez fière lorsque la gouvernante sortit le plat tout fumant du four.

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Quel roman intéressant, émouvant, romantique et infiniment élégant ! Dès les premières pages autrichiennes, j'ai été sous le charme... mais les chapitres anglais m'ont aussi énormément plu : entre Jane Austen et Daphné du Maurier (le film "Rebecca" de Hitchcock se trouve d'ailleurs cité), entre Schiller, Vita Sackville-West et Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, une histoire fascinante s'est déployée entre mes mains. De l'ancien manoir aux falaises battues par le vent, j'ai suivi Elise avec grand intérêt, dans son parcours personnel puis face à la guerre. L'héroïne, bien que digne d'admiration, ne fut pourtant pas mon personnage favori. Non, j'ai plutôt nourri une tendresse toute particulière pour Mrs Ellsworth, digne et efficace gouvernante dans une grande demeure de campagne, ainsi que pour les frères Wrexham : d'un côté, le majordome tatillon, vieux jeu mais si dévoué ; de l'autre, son aîné Burt, pêcheur de maquereaux et de homards, qui accroche des "pierres de sorcières" aux bateaux prenant la mer. Petit plus : les titres des chapitres, toujours fort bien trouvés et intrigants. Pour conclure, vous aurez compris que Tyneford est, tout comme Menderley, de ces maisons qu'on n'oublie pas... Myrtille a également chroniqué cet ouvrage.
445 pages

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Ce récit inspiré par l'histoire du village de Tyneham, évacué par ses habitants en 1943, m'a en outre rappelé un séjour de 4 jours dans la très blanche et très élégante Vienne avec Choco-Bro, en juillet 2009. Un excellent souvenir frère/sœur car c'est le seul voyage que nous ayons entrepris juste tous les deux. ^_^

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Ah, le Belvedere, Schönbrunn Schloss, son immense parc et ses écureuils, la somptueuse Hofburg et ses dorures, les robes de Sissi (non photographiables, grrr ; photo ci-dessous trouvée sur Pinterest), sa salle de sport, son wagon personnel, l'église où elle aimait se recueillir, enfin les tombeaux des Empereurs dans leur crypte...

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... sans oublier les gâteaux dégustés à la terrasse d'un salon de thé !