Sans titre 12

De Lausanne en 1922 à Gênes en 2001, ce roman inspiré de quelques faits réels raconte l'histoire, belle et tourmentée, d'une famille suisse d'origine hongroise. Adrian Troadec en est la figure principale : dans les années 20, pour conquérir la belle Alma, il cesse de livrer du lait pour apprendre le violoncelle, puis devient champion d'échecs avant de créer une fabrique de chocolat qu'il envisage, devenu vieux, de céder à sa nièce, Eleanor Trap.

Les gens continuent de manger du chocolat Trap. Ils ne savent pas que son goût est de l'histoire, des souvenirs et des espoirs.

Ce récit, se déroulant simultanément de chaque côté de l'Atlantique, sur les rives du Lac Léman et à Washington, fait se croiser les destins, les générations et nous permet de traverser les décennies, les guerres, les mandats de présidents : un beau cours d'Histoire, saupoudré de cacao et d'histoires d'amour contrariées, avec des retournements de situations parfois brutaux qui donnent à l'ensemble un rythme assez imprévisible, un peu comme une partition de jazz.

J'ai d'ailleurs beaucoup aimé la place donnée à la musique, notamment à travers le délicieux parcours d'un petit violon venu d'Albanie (extrait) :

Le violon qu'apportait Elena Petroncini dans son mince bagage en toile avait commencé sa vie à Vienne en 1770 ; seize ans plus tard, il avait participé à la création des Noces de Figaro ; il avait voyagé jusqu'à Venise soumise à Bonaparte en 1797. Là, il avait chanté quelque temps les œuvres de Vivaldi, de Marcello et de Pergolèse ; au cours des années instables du pouvoir bonapartiste, il était arrivé à Rome, où il avait été oublié pendant plus de douze ans. Ce furent ensuite les grandes années du violon de la vieille maison Tim de Vienne : il prit part aux représentations des grands opéras de Rossini, L'Italienne à AlgerLe Barbier de Séville et La Cenerentola.

Un bel ouvrage d'une élégance désuète, à l'écriture mesurée, divisé en 100 petits chapitres comme en 100 petites respirations, et découvert chez Soukee il y a quelques mois (il fut l'un de ses coups de cœur 2013).
181 pages

Et toujours à propos de gourmandise, une lecture-écho que j'avais croquée justement grâce à Soukee en 2012 :
560916681