Après vous avoir fait visiter ma maison de pionniers et ma ferme remise au goût du jour, laissez-moi vous emmener à nouveau dans les bois et brumes de cette Amérique profonde qui se conjugue si bien avec l'automne...

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Dans les années 50, un promeneur fait une pause dans un vallon encaissé et obscur des Appalaches, en Caroline du Nord. Assoiffé, il trouve un puits encore en bon état et décide d'utiliser la potence pour remonter de l'eau dans le seau qui ne doit pas manquer de pendre au bout de la corde. Dans le seau, il découvre un crâne.
Fin d'été/automne 1918. Hank et sa sœur Laurel vivent dans une cabane sombre et humide située dans ce même coin, entre un torrent et une épaisse forêt. Hank vient de rentrer d'Europe, où il s'est battu contre les Allemands. Laurel, elle, pourtant séduisante et intelligente, est mise à l'écart par la population de Mars Hill, la bourgade la plus proche, à cause d'une tache de naissance : Laurel Shelton est une sorcière, dit-on... La pauvre jeune femme, qui a quitté l'école pour s'occuper de son père malade, qui a enterré ses parents puis a attendu le retour de son frère pendant des mois (un frère qui va bientôt se marier et la quitter à nouveau) ne rêve que de connaître un instant de bonheur : ne plus être seule, avoir enfin quelqu'un à qui parler.

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Une terre d'ombre et rien d'autre, lui avait dit sa mère, qui soutenait qu'il n'y avait pas d'endroit plus lugubre dans toute la chaîne des Blue Ridge. Un lieu maudit, aussi, pensait la plupart des habitants du comté, maudit bien avant que le père de Laurel n'achète ces terres. Les Cherokee avaient évité ce vallon...

Un jour, en faisant la lessive dans le torrent, Laurel entend le son d'une flûte : elle fait alors la connaissance de Walter, un musicien en guenilles venu d'on ne sait où, qui ne parle pas mais sait formidablement bien écouter...
En ces temps troublés, où les Allemands de passage ou résidant sur le sol américain sont considérés comme de dangereux ennemis, surtout dans des contrées reculées et sauvages comme Mars Hill, où la corde et les colts sont encore monnaie courante et où les superstitions ont la vie dure, Laurel et Walter connaîtront-ils un peu de bonheur ?

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Une histoire poignante, dans laquelle la nature (cascades, rochers, falaises, brouillard) joue un rôle primordial et où la nature humaine est dévoilée dans tout ce qu'elle peut avoir de détestable. Je me suis beaucoup attachée à Laurel, une héroïne positive et inspirante ; ainsi qu'à des personnages secondaires, comme le professeur d'allemand, l'institutrice ou encore le vieux Slidell, qui vit également dans la montagne. D'autres protagonistes sont résolument abjects et tous ont une réelle épaisseur.
Le fond historique, lui, est passionnant, en particulier l'histoire du navire allemand Vaterland et de son équipage qui a servi de point de départ à Ron Rash pour tisser son récit : ce paquebot, encore plus luxueux que le Titanic et qui reliait Hamburg à la côte Est-américaine, a été annexé par l'US Navy dans le port de New York et fut renommé le Leviathan.
Un roman rugueux que je vous recommande ! La traduction m'a paru un peu faible parfois mais cela n'enlève rien au charme de cet ouvrage repéré chez Margaud Liseuse et également apprécié par Mary de Littéraventures.
275 pages