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Oh la la, je viens de terminer un magnifique roman historique repéré sur le blog Romans Gourmands et orné d'admirables gravures ! A la fois très bien écrit / traduit, savamment construit, passionnant, original et savoureux !

L'histoire commence en 1632 (pour s'achever 40 ans plus tard), dans un petit village anglais où vivent le jeune John Sandal et sa mère Susan, guérisseuse et sage femme que la population, menée par un fanatique, finit par chasser. Très vite, à la mort de Susan, John, le "fils de la sorcière", hérite du livre énigmatique dans lequel elle lui a appris à lire, un ouvrage qui parle de cuisine, d'une religion ancienne et du festin des Saturnales, sorte de carnaval oublié où les règles étaient renversées.

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Recueilli par un muletier, John est emmené au Domaine de Buckland, demeure de Sir William et de sa jeune fille, Lady Lucretia. Affecté aux Cuisines et pris d'amitié pour Philip qui a quasiment son âge, John va vite se révéler une brillante recrue et va pouvoir réaliser le grand destin dont lui avait parlé sa mère... Lady Lucretia, dite Lucy, tombera même sous le charme de son esprit et des mets divins qu'il sait concocter.

Des tranches de chevreuil à la vapeur. Un pudding aux raisins, au miel et au safran. De la crème renversée parfumée à la confiture de roses. De la pâte de coings. Du boeuf avec une purée d'artichauts et de pistaches, et des petits pains blancs farcis d'oeufs hachés aux fines herbes et à la cannelle. Poisson poché parsemé d'écailles de concombres. Pâtés fumants de hachis de venaison enveloppés d'une croûte dorée... Les plats montaient vers la Grande Salle jusqu'à la Haute Table.

Haute Table où le Roi Charles Ier (petit-fils de Mary Stuart) sera même reçu, avec son épouse française, la soeur de Louis XIII.
Puis les années passeront et ce sera la guerre (captivantes, ces pages qui nous expliquent comment la Cuisine du seigneur suivait les troupes sur les champs de bataille !) ; le puritain Cromwell, aidé de sa terrifiante milice, prendra le pouvoir, menaçant les richesses, les terres et les amours de Lady Lucretia.

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Quel bonheur de lire les pages consacrées aux Cuisines du manoir ! La Souillarde, l'Arrière-Cuisine, la salle des Pâtes, celle des Epices, la Boulangerie... Tout un monde exclusivement masculin, presque clos sur lui-même, où règne un code très strict, une agitation frénétique et même une sorte de magie !

"Le poème ? Vous savez lire ?
- Est-ce si étrange, pour un cuisinier ?
- Je ... non. Oui... bien sûr, vous devez lire vos recettes.
- Ce sont nos vers, Madame. Nous donnons des récitals, en bas dans nos Cuisines."

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Au cours de cette lecture, j'ai pensé, sous formes de flashes, à la visite des cuisines des châteaux d'Eilean Castle et de Stirling en Ecosse, aux scènes chez le pâtissier-poète Ragueneau et aux scènes de guerre dans "Cyrano de Bergerac", aux romans Le Coeur cousu et La terre qui penche de Carole Martinez, et à ceux de Jeanne Bourin. J'ai aussi été sensible à l'évolution et au courage de Lady Lucy : une figure féminine décidément intéressante.
Pour conclure, ce roman, totalement maîtrisé de bout en bout, vous emporte dans un tourbillon à la fois sucré et épique, où les marmites se mêlent aux mousquets : un immense coup de coeur, dévoré en à peine 3 jours ! Mary aussi avait été conquise.
460 pages

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