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Comment une famille de 6 personnes a-t-elle pu rester coupée du reste du monde pendant plus de 40 ans ?
C'est pourtant l'histoire incroyable mais vraie des Lykov, révélée en 1978 lorsque des géologues survolèrent par hasard en hélicoptère un bout de montagne sibérienne : il faut dire qu'un jardin potager et une cabane primitive en pleine taïga, à 250 km du premier lieu habité, avaient de quoi les surprendre !
Après avoir appartenu à une communauté de "vieux-croyants", suivant les rites religieux stricts du XVIIIe siècle, les Lykov se sont peu à peu isolés pour fuir "le siècle" c'est-à-dire la société des hommes (au sens médiéval du "siècle"). Le patriarche à longue barbe Karp Ossipovitch, sa défunte épouse Akoulina, avaient 2 fils, Savvine et Dmitri, et 2 filles, Natalia et Agafia. Les "enfants" avaient entre 55 et 36 ans au moment de leur première rencontre avec des humains extérieurs à la famille ! Depuis 1944, la famille occupait 2 isbas en bois dans la montagne (de simples cabanes aux murs couverts de suie), vivant de la pêche, de la chasse, de leurs récoltes de pommes de terre, allumant le feu à l'aide de silex et n'utilisant que quelques outils en métal, vestiges d'une ancienne vie. Ils construisaient eux-mêmes tout ce dont ils avaient besoin, façonnant par exemple leurs récipients et leur vaisselle dans de l'écorce de bouleau.
Le tout, bien sûr, dans l'ignorance totale des grands événements qui ont secoué la planète pendant toutes ces années : la Seconde Guerre Mondiale n'était pour eux qu'une lointaine rumeur ; alors, accepter que l'homme avait marché sur la Lune...!

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Gauche : une des masures originelles des Lykov (les fils vivaient plus bas, près de la rivière) avec son unique fenêtre, pas plus grande qu'un cahier. Droite : installations plus récentes, des isbas construites grâce à ceux qui sont devenus les amis d'Agafia. L'abri des chèvres a été réalisé par Agafia elle-même (cliquez pour accéder aux sources : 2 articles en anglais consacrés aux Lykov).

Raconté par Vassili Peskov, journaliste qui a bien connu les occupants de l'ermitage et qui leur apportait régulièrement des cadeaux envoyés par ses lecteurs, ce récit est stupéfiant ! Habitudes de la maisonnée, rôles de chacun, rites religieux, mesure du temps, culture de la terre, gestion de la nourriture, hygiène, apprentissage de la lecture et de l'écriture, vestiges d'une langue très ancienne, comportements face aux deuils, couture et habillement, traitement des maladies, lutte face au froid dans un endroit où l'hiver dure presque 10 mois avec parfois 2,50m de neige dans la forêt...

Un mélange de préhistoire et de Russie d'avant Pierre le Grand !

Les animaux sauvages représentent également une menace non négligeable : ours, rennes, élans, loups, écureuils (nuisibles car ils dévorent les graines si précieuses). C'est tout un mode de vie ancestral, presque fossilisé, qui a été mis à jour tout à fait fortuitement, les Lykov désirant plus que tout vivre en accord avec leur foi . Inévitablement, le journaliste, devenu un ami, abordera avec le père et sa cadette, les 2 derniers survivants, le thème du regret et du doute concernant ce choix d'existence.
Choco-Mum, qui m'a prêté ce témoignage, se souvient d'ailleurs des reportages relatant cette découverte et diffusés à la télé dans les années 1980.
D'un point de vue littéraire, j'ai apprécié la plume agréablement désuète mais toujours bienveillante de Peskov. En revanche, sur la fin, j'ai trouvé qu'il y avait des redites. D'un point de vue ethnologique, quelle extraordinaire aventure quand même ! Seriez-vous intéressés ?
298 pages

En novembre 2017, l'incroyable et infatigable Agafia, 73 ans, qui a énormément évolué depuis sa rencontre avec des gens de l'extérieur et qui a même voyagé à plusieurs reprises, vivait toujours dans la taïga. Elle s'y retrouve seule depuis la mort de son père survenue en 1988...

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"Les forêts de la Sibérie..."