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Ce roman publié en 1958 est immédiatement devenu un best-seller aux USA ; je comprends pourquoi les femmes se sont tant identifiées à ses héroïnes ; même 60 ans plus tard, je me suis régalée avec ce récit qui peut se lire comme un document, un témoignage réussi sur "ce qu'on n'appelait pas encore la condition féminine" (Le Dauphiné Libéré).

Nous voici en 1952, à New York. Chaque matin, des centaines de jeunes femmes sortent du métro et se pressent devant le Rockefeller Center pour rejoindre leur bureau. Elles sont secrétaires, dactylos, assistantes, et toutes ont choisi de gagner leur vie en attendant... de se marier. Caroline, April, Barbara, Mary-Agnes, Brenda, Gregg (si, si, c'est une fille) ont la petite vingtaine et travaillent pour les éditions Fabian, qui publient des livres de poche ainsi que de célèbres magazines. Chacune a son histoire, ses motivations... Venues d'horizons différents, chacune habite un petit appartement au coeur de la cité, parfois en colocation. Certaines ont été déçues par les hommes, d'autres sont fiancées, certaines sont déjà divorcées et doivent subvenir aux besoins de leur enfant, d'autres encore ont de l'ambition en tant que lectrices ou même éditrices... En tout cas, toutes croient au grand amour. Et pourtant, le milieu professionnel dans lequel elles évoluent aurait de quoi les dégoûter : leurs patrons sont souvent des pervers qui profitent de la situation en se montrant entreprenants et grossiers à leur égard, sachant très bien qu'aucune de leurs employées n'osera dire quoi que ce soit, de peur de perdre sa place ! On ne parlait pas encore de harcèlement à l'époque et les filles avaient l'air de trouver ça pénible mais pas grave, et cette réalité m'a horrifiée !

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A quelques rares exceptions près, Rona Jaffe ne nous montre donc pas les hommes sous leur meilleur jour, les trois-quarts des protagonistes masculins (les patrons et les autres, aussi) étant de parfaits goujats. Quels porcs, franchement ! Et quel courage il a fallu à toutes ces jeunes Américaines pour faire face et tenir bon, la plupart du temps loin de chez elles et avec de tout petits moyens : heureusement, la solidarité féminine est bien là et ce roman transmet une belle leçon d'amitié... délicieusement désuète : par exemple, on se vouvoie, même entre bonnes copines. Les parcours des différentes héroïnes m'ont quasiment tous intéressée et les chapitres ont filé en un clin d'oeil. Seule la fin m'a désarçonnée : j'espérais autre chose pour Caroline et le destin de Gregg m'a désolée, même si j'ai trouvé son tempérament capricieux et excessif... On découvre aussi New York à travers les changements de saisons : ce procédé m'a beaucoup plu. La mythique vitrine de Tiffany's, les spectacles de Broadway, les plages de Nantucket : je m'y croyais !
Pour conclure, un texte agréable, pétillant, éclairant, révélant des pratiques révoltantes et, en même temps, les rêves de ces demoiselles des années 50. Une découverte faite chez Myrtille.
669 pages

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