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(Prix Pulitzer 2006, catégorie Fiction)

Guerre de Sécession, 1861-1862. Aumônier dans l'armée, le docteur March a laissé ses 4 filles et son épouse à Concord, dans le Massachusetts. Il leur écrit une lettre chaque jour, sur l'écritoire qu'elles lui ont offerte avant son départ, mais leur dissimule habilement les horreurs de son quotidien.
Un jour, après une attaque particulièrement sanglante en Virginie, il arrive au seuil d'une maison dans laquelle il se souvient être déjà venu, lorsqu'il avait 18 ans. Il avait quitté la ferme familiale dans le Connecticut pour devenir représentant de commerce : s'il vendait quelques colifichets en route, il aimait surtout échanger des livres. Le jeune March s'était très bien entendu avec les Clement, planteurs de tabac amateurs de littérature qui lui proposèrent de rester quelque temps chez eux. Plus encore, il s'est attaché à Grace, une jeune domestique noire, érudite et aux manières raffinées. C'était il y a bien longtemps... Or Grace n'a pas quitté la maison, est devenue une excellente infirmière et March la retrouve plus de 20 ans après. Abolitionniste convaincu mais "rêveur inconstant", il est désormais âgé de 39 ans et père de famille... Et sa prochaine mission sera d'instruire des esclaves affranchis qui doivent pourtant continuer à travailler dans les champs de coton pour le compte de l'Union !

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(à droite : Louisa May Alcott ; à gauche : Geraldine Brooks)

En mêlant passé et temps présent, ce roman est l'occasion de feuilleter d'autres souvenirs : la rencontre avec "Marmee" (au caractère volcanique que je ne soupçonnais pas), la naissance de leurs filles, leurs liens avec Hannah, la tante March ou encore le vieux voisin Mr Laurence, l'installation dans la maison en bois brun, les convictions admirables des March (aider son prochain, cacher les fugitifs du Chemin de Fer Souterrain, se contenter de peu, ne pas manger de viande et respecter toute forme de vie).
A la fois hommage aux Quatre Filles du Docteur March, récit historique centré sur la question de l'esclavage et roman initiatique, ce texte se nourrit habilement du roman fondateur et de la vie de Louisa May Alcott (voir ici : Maisons d'écrivains américains). Le Dr March est inspiré de Bronson Alcott, le père de l'écrivain, proche d'Henry Thoreau, Ralph Waldo Emerson et Nathaniel Hawthorne. 
On partage ses errances, ses expériences et ses questionnements, ce qui nous donne de lui une vision riche et complexe. Cet homme apparaît certes dans le titre d'un des livres américains les plus célèbres mais on sait fort peu de choses le concernant : "C'est dans ce vide que j'ai laissé fonctionner mon imagination", explique Geraldine Brooks ; le voici qui prend enfin corps et épaisseur. Et, au final, je dois bien avouer que March m'a déçue : sa faiblesse m'a agacée, je l'ai parfois trouvé égoïste et surtout bien peu combatif. Par contre, j'ai beaucoup aimé lorsque, dans le dernier tiers, on partage le point de vue de sa femme : très éclairant. Bref, un bon complément à l'histoire de Little Women.
332 pages

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(le Mois Américain 2019 sur le blog)