Ce 9 mars est un RDV "polar victorien" chez Lou & Hilde.

Je n'avais plus lu Anne Perry, spécialiste des enquêtes victoriennes, depuis un petit moment : un passage à la médiathèque m'a aisément permis de réparer cet oubli (bien que le sombre passé néo-zélandais et criminel de l'auteure me fasse toujours frémir, brrrr...). J'ai ainsi pu croquer trois de ses ouvrages, pratiquement à la suite les uns des autres, pour vous proposer le bouquet sanglant du jour ! :-)

🔍 Série William Monk : Le couloir des ténèbres

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C'est la première enquête de Monk, responsable (partiellement amnésique) de la brigade fluviale londonienne, que je lis. Mais en réalité, dans ce tome-ci, c'est plutôt son épouse, Hester, qui est l'héroïne : infirmière chevronnée ayant assisté Florence Nightingale durant la guerre de Crimée, elle travaille à la fois dans une clinique qui prend en charge les prostituées et dans l'hôpital du docteur Magnus Rand. En cette année 1870, celui-ci oeuvre main dans la main avec son frère, Hamilton Rand, un éminent chimiste qui a décidé de vouer sa vie à la recherche médicale.
Une nuit de garde, Mrs Monk fait une découverte surprenante : l'hôpital abrite aussi des enfants et ils n'ont pas l'air très en forme. Hester, qui a adopté un adolescent avec son époux, se prend d'affection pour ces êtres sans défense. En fait, Hamilton se sert du sang des petits, un sang curieusement efficace et qui semble universellement compatible, pour perfectionner sa technique de transfusion et soigner la maladie du "sang blanc", la leucémie. A une époque où les hémorragies font encore d'innombrables victimes et où les seringues sont loin d'être utilisées couramment, les découvertes de Rand pourraient s'avérer cruciales.
Or, il enlève bientôt Hester ainsi que trois enfants, vendus à Rand par leurs parents très pauvres pour pouvoir nourrir les plus jeunes de la famille : Hamilton Rand exige d'Hester qu'elle l'assiste lorsqu'il traitera, dans le secret d'un cottage isolé, un riche vieillard couvé par sa fille unique. Là, la donne n'est plus tout à fait la même...

Les deux premiers tiers de ce roman m'ont bien plu : le volet médical, le côté social (jusqu'où peut-on aller lorsque la misère fappe ?), la relation de Hester avec les petits dont elle a la charge, son raisonnement et ses sentiments. En revanche, je n'ai pas trop accroché à la dernière portion, plutôt consacrée aux procès et aux ultimes rebondissements ; une partie qui m'a paru bien longue... Seuls la découverte de mystérieux ossements et le dénouement des 7 dernières pages ont réussi à raviver mon intérêt. Bref, une enquête honnête, sans plus : je préfère nettement les histoires mettant en scène Charlotte et Thomas Pitt...
375 pages

🔍 Série Charlotte et Thomas Pitt : Bedford Square et Ashworth Hall

Avec les époux Pitt, j'ai déjà appréhendé L'étrangleur de Cater Street, Ã©lucidé Le crime de Paragon Walk, arpenté Rutland Place et Half Moon Street. J'ajoute aujourd'hui deux nouvelles adresses à la liste.

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Charlotte et Thomas Pitt sont mariés depuis 10 ans maintenant : leurs enfants, Jemima et Daniel, en ont 9 et 7 ; Charlotte, issue de la bonne société, tient leur intérieur tout simple avec rigueur et avec pour seule aide Gracie, une petite bonne futée qui aime bien fourrer son nez dans les enquêtes de ses patrons. Et cet été 1897, l'inspecteur Thomas Pitt doit élucider avec son adjoint Tellman une affaire des plus déroutantes : un cadavre en provenance des coins pauvres de Londres vient d'être retrouvé sur le perron du Général Ballantyne, éminent militaire à la retraite et résident d'un quartier cossu. Les indices trouvés dans les poches du mort vont mener les policiers dans diverses directions mais, le plus étonnant, ce sont ces lettres de menaces reçues par Ballantyne et cinq autres membres de son club : l'énigmatique maître-chanteur ne demande pas d'argent mais semble en vouloir à la réputation et à l'honneur de ces hommes. Pourquoi ? Qui est le corbeau ? Et quel est le lien avec le corps retrouvé dans Bedford Square

Promenades dans Hyde Park, rencontres au musée, visites des quartiers populaires (avec les personnages hauts en couleurs de la savonnière ou encore du prêteur sur gages), discussions animées dans la cuisine des Pitt ou au commissariat, incursion dans la bonne société victorienne, potins concernant les frasques du Prince de Galles et allusions à une Reine Victoria vieillissante et austère : j'ai retrouvé avec plaisir les ingrédients qui font des romans de cette série des lectures toujours efficaces et agréables.
287 pages

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Nous voici à présent en 1890 ; Thomas Pitt a été promu commissaire et, avec son épouse Charlotte et leurs deux enfants, ils ont déménagé dans une maison plus grande. Tout commence avec le cadavre d'un pauvre policier retrouvé tué par balle alors qu'il venait d'infiltrer un groupe extrêmiste irlandais. Tandis que Thomas brûle d'élucider ce crime et de venger le pauvre bougre, ses supérieurs lui demandent d'assister à une conférence de la plus haute importance en ce qui concerne le processus de paix en Irlande. Des menaces pèsent en effet sur cet événement, qui doit avoir lieu à la campagne, précisément à Ashworth Hall : ça tombe bien, ce superbe manoir appartient à Emily Radley, la soeur cadette de Charlotte, qui en a hérité à la mort de son premier mari.
Les enfants resteront donc à Londres chez leur grand-mère, la petite bonne Gracie se voit promue camériste, Tellman l'adjoint hautain de Thomas jouera son valet de pied (un rôle de composition qui le ravit, comme vous l'imaginez ;-p) et hop ! voilà le couple Pitt prêt à passer une petite semaine dans la haute société, à arbitrer les conflits politiques et religieux entre les convives, à protéger les personnalités présentes et surtout à y voir plus clair dans l'assassinat de l'infortuné brigadier Denbigh...

"Je suis contente que tu sois là, soupira Emily, un peu détendue. Mais ah, je t'en prie, Charlotte, pour une fois, fais attention à ce que tu dis. Il est hors de question d'aborder des sujets délicats comme la religion, les réformes parlementaires, l'enseignement dans les écoles, les propriétaires terriens, le métayage... et surtout la pomme de terre et le divorce !
- Mais de quoi puis-je parler ? s'inquiéta Charlotte.
- De tout le reste. De la mode, par exemple. Bon, d'accord, tu n'y connais rien. De théâtre peut-être ? Mais tu ne t'y rends jamais, sauf pour accompagner maman quand elle va voir jouer Joshua. Ah, à propos, ne va pas raconter qu'elle est mariée à un acteur juif ! Quoique... Les catholiques sont tellement occupés à détester les protestants et les protestants à haïr les catholiques qu'ils se soucient fort peu des juifs. Mais ils doivent tous penser que les acteurs traînent derrière eux un parfum de scandale... Alors, comme sujets de conversation, il te reste la pluie, le beau temps, le jardinage..."

Si le ton est d'abord léger entre les deux soeurs, les événements qui se déroulent à Ashworth Hall provoquent bientôt de grandes tensions et de vrais malaises : piques incessantes entre les invités, arrivées inopinées, fiançailles imprévues, flagrant délit d'adultère, un assassinat dans une baignoire et même une explosion à la dynamite ! De sombres secrets sont dévoilés, le passé ressurgit, les haines se ravivent et tout le monde semble être sur les nerfs. Comment tout cela va-t-il se terminer ? Et cette conférence tant attendue servira-t-elle enfin la cause irlandaise ?

Valse des points de vue, huis-clos pesant mais raffiné, dessous et codes d'une grande maison, enjeux sociologiques et politiques : ce tome est vraiment réussi car il m'a semblé bien plus complexe que les autres enquêtes des Pitt que j'ai pu lire. Je me suis vraiment régalée.
316 pages

Voici en outre le contenu des repas servis à Ashworth Hall :
~ breakfast : Après s'être servi d'oeufs au bacon, de champignons, de tomates et de rognons, Fergal alla s'asseoir en bout de table, à un endroit d'où il pouvait voir Iona.
~ midi : Alors que les convives étaient à table pour le déjeuner, composé de saumon poché froid, de faisan en gelée, de tourte aux cailles, de pâté de lièvre, le tout accompagné de légumes frais et de pommes de terre nouvelles, le majordome s'approcha d'Emily.
~ dîner : On en était aux plats principaux, épaule d'agneau, tourte au boeuf, anguilles marinées accompagnées d'oignons et de concombre, quand la querelle éclata.

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(billet 2020 n°8)

Et à propos de manoir inquiétant... J'ai vu "Crooked House" :

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Il s'agit de l'adaptation ciné de La maison biscornue d'Agatha Christie, paru en 1949.
Le film (réalisé par le Français Gilles Paquet-Brenner, né en 1974, et co-scénarisé par Jullian Fellowes, monsieur "Downton Abbey") est sorti fin 2017, avec Terence Stamp, Glenn Close, Gillian Anderson. Dans le rôle de Charles, le jeune détective privé engagé par la richissime Sofia Leonides (dont le grand-père vient de mourir de façon pas très naturelle), on trouve Max Irons, le fils de Jeremy, né en 1985 : moins éblouissant que son père, il ne s'en sort quand même pas mal du tout.

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Si je n'ai tout de même pas pu m'empêcher de frissonner à la fin (c'est sans doute le récit d'Agatha Christie qui me met le plus mal à l'aise), j'ai apprécié la photographie léchée, les décors soignés et l'interprétation en accord avec le texte original - notamment Glenn Close qui se montre diablement à la hauteur de son époustouflante carrière ! Et pour la petite histoire : après avoir donné la réplique au père, Jeremy, dans "Le mystère von Bülow" en 1990, elle tourne ici aux côtés du fils... ^_^
A lire : la chronique de Pedro.

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(billet 2020 n°4)