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Ce manga corĂ©en (du coup, ça s'appelle un manhwa) m'a fait de l'oeil lors de mon dernier passage Ă  la mĂ©diathĂšque : dans cet ouvrage en grande partie autobiographique, l'auteur-dessinateur (nĂ© en 1971) se reprĂ©sente, de mĂȘme que tous les autres personnages de ce volume, sous la forme d'un humain Ă  tĂȘte de chat et prend le nom de Madang. Il raconte comment, avec sa femme et leur tout jeune bĂ©bĂ© Iwan, ils se sont installĂ©s dans une vieille maison de campagne, quasiment en montagne, en plein hiver. Travaillant en free-lance tous les deux, ayant l'ambition de cultiver eux-mĂȘmes les lĂ©gumes qui voudraient bien pousser dans leur jardin et d'y Ă©lever quelques poules, ils sont trĂšs heureux de leur nouvelle situation. De jeunes parents modernes, pleinement investis et enthousiastes, dĂ©cidĂ©s Ă  avancer ensemble, sereinement.

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Cependant, les parents du narrateur, s'ils ne sont pas vieux, sont pourtant malades, fragiles : un pÚre détruit par l'alcool ainsi qu'une mÚre détruite par son mari et qui a décidé de baisser les bras face à la vie. Cette bien triste situation contraint Madang à de fréquents allers-retours pour leur rendre visite à Séoul, dans leur minuscule appartement en sous-sol, pour les conduire chez les médecins ou à l'hÎpital. Durant ces mois pénibles, le nouveau pÚre de famille rassemble aussi les souvenirs qui sont liés à sa propre mÚre (et à la nourriture car elle cuisinait divinement bien et les régalait, son frÚre et lui, avant) : c'est trÚs émouvant de lire cet ouvrage qui déborde d'amour filial, un amour profond et désolé à la fois, car il s'agit bien de mélanger les saveurs perdues de l'enfance avec les saveurs nouvelles de l'avenir. Un avenir résolument plus sain et plus heureux...

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Ce volumineux ouvrage initialement paru en 2015 nous a accompagnés pendant quelques jours, William et moi : j'ai sélectionné ce qu'il pouvait voir et lui ai lu de nombreux passages, notamment les chapitres hivernaux avec la neige, puis tous ceux qui évoquent le jardin et les récoltes, ou encore les pages qui racontent tendrement le quotidien du couple avec leur petit garçon qui n'a que 6 mois au début du livre (on lisait sur la terrasse ou sur le canapé "le livre de la famille Chat" ^_^).

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RĂ©colte du jour : tomates et basilic de notre potager. ;-)

Au final, j'ai trouvé la forme originale et le propos joliment doux-amer : les questionnements, les regrets et les choix difficiles qui s'imposent à Madang peuvent résonner en chacun de nous. J'ai forcément aussi été séduite par la place accordée à la nourriture, par l'importance accordée à la description de plats coréens traditionnels (dont le fameux kimchi, mélange de piments et de légumes fermentés dans de la saumure, comme des "pickles") ainsi que par les recettes fétiches de ce papa auteur, à la fois à son bureau et aux fourneaux (à la maison, c'est quasiment toujours lui qui cuisine ~ tiens, ça me rappelle quelque chose ;-p).
360 pages

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(billet 2020 n°30)