Après de nombreuses gourmandises japonaises puis écossaises (ici et là),
voici, en ce dimanche, un récapitulatif de mes/nos dernières autres lectures
savoureuses, sans thématique géographique précise.

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Des romans, pour commencer, et même un merveilleux coup de coeur tout frais :

💗 Serena Giuliano, Mamma Maria

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Nous voilà dans le sud de l'Italie, sur la côte amalfitaine (honte à moi, j'ignorais totalement de quel endroit il s'agissait ; le plus bas où je sois allée, c'est Pompéi, et cette région visiblement si belle commence juste en-dessous).

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On y suit Sofia, une jeune traductrice qui vient de quitter Paris (et un amoureux français) pour rentrer chez elle, retrouver l'âme, les couleurs, les saveurs et les habitants de son petit village de 700 habitants. Son bureau a désormais vue sur la mer puisqu'il se trouve au café Mamma Maria, le centre névralgique de cette bourgade où tout le monde sait tout sur tout le monde.

C'est la dernière réunion avant la fête de l'été ; aujourd'hui, on décide des menus. Parmigiana d'aubergines, salsiccia grillée, Caciovallo impiccato (un fromage "pendu" au-dessus du feu, que l'on fait couler sur une tranche de pain à l'huile d'olive), pennette fleurs de courgettes et noisettes, frites, fruits coupés, percoca dans le vin, gâteaux traditionnels...
"Pourquoi on ne ferait pas aussi un stand avec des plats des cuisines du monde ? lance Maria.
- Très bonne idée ! Je peux m'en occuper... propose Luca. Je demanderai à Souma de me donner quelques recettes libyennes.
- Parfait ! annonce Antonio. J'attends votre liste de courses."

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(une version des pâtes à la carbonara totoriennes ^_^)

Maria a 65 ans, un caractère bien trempé, une belle-fille qu'elle adore détester (qu'est-ce que j'ai ri avec ces passages !*) ; elle aime les gens et les nourrir, arbore un carré brun et cache une grande blessure. Pas facile pourtant pour Sofia de se concentrer, entre les parties de scopa avec les gentils vieux du village, les regrets concernant Jérôme et l'arrivée (à garder secrète) de deux migrants, une jeune femme enceinte et son garçon de 2 ans, dans la cabane à outils de Franco, un veuf qui n'attendait plus rien de la vie.

Chez moi, on est toujours fiers lorsqu'un étranger comprend que c'est bien dans notre région que l'on fait les meilleures pizzas du monde. Pour le dessert, on craque tous les quatre pour une zeppola au chocolat. La zeppola, que l'on peut aussi appeler graffa, est servie chaude. C'est un énorme beignet ovale avec un trou au milieu, plongé dans le sucre et sur lequel on fait ensuite couler du chocolat, du caramel, de la glace ou de la chantilly. Parce qu'on trouvait que ce n'était pas assez sucré à la base...

Sa spécialité, c'est le sarchiapone, un plat à base de courgettes farcies de viande, d'oeufs durs, de mozzarella, de parmigiano, de sauce tomate et d'huile d'olive. Les locaux diront que c'est léger : la preuve, il y a le vert de la courgette !

Quel bonheur, ce roman !! Une gourmandise, une petite perle de douceur, d'humour, de bienveillance, peuplée de personnages tous plus attachants les uns que les autres et construite de façon très intelligente. Un véritable coup de coeur. J'ai aussi aimé les clins d'oeil que nous adresse l'auteure (notamment à travers un dialogue dans lequel elle a placé le presque-titre de son précédent roman : j'ai trouvé ça extra). Et, au cours de cette lecture, j'ai tellement pensé à mon amie Céline (d'ailleurs, je me suis empressée de lui faire envoyer un exemplaire) ! Bref, si vous voulez rire, être touché et dépaysé, foncez sans tarder ! ^_^
240 pages

* Elle a ouvert son cabinet d'avocat à Salerno, fait son nid dans le coeur de mon Pino, et voilà. Sa seule qualité, c'est son fils, à cette garce.
"Tiens, ton café !
- Merci, Maria. Vous ne l'avez pas empoisonné, au moins ?
- Je te laisse la surprise..."

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(Mois italien en mai chez Martine ~ billet 2021 n°1)

Laura Dave, Hello, Sunshine

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Ce roman, repéré chez Clarabel, nous plonge dans l'univers des réseaux sociaux et en particulier de YouTube : sur sa chaîne, la New Yorkaise d'adoption Sunshine MacKenzie présente une des émissions culinaires les plus regardées des USA (sa concurrente directe, elle, est spécialisée dans les tartines, sucrées-salées, comme la ricotta-miel-pain au sarrasin). Le hic, c'est que sa célébrité est basée sur des mensonges imaginés par son producteur prêt à tout : non, Sunshine ne sait pas réellement cuisiner ; non, elle n'a pas inventé les recettes de ses livres ; non, elle n'a pas développé son goût pour les bons produits dans la ferme familiale... Son mari est au courant et, même si ça ne lui posait pas de problème au départ, cet architecte a de plus en plus de mal à savoir qui est vraiment son épouse. Leur couple traverse d'ailleurs une zone de turbulences le jour des 35 ans de Sunshine ; le jour où un troll a décidé de réduire sa carrière en pièces en révélant la vérité sur la toile ; le jour où Sunshine va enfin arrêter de se regarder le nombril pour vivre une vraie vie, en se posant de vraies questions et en tentant de recoller les morceaux à Montauk, sa ville natale en bord de mer, dans les Hamptons (j'ai apprécié la référence à la maison de Diane Keaton dans le film "Tout peut arriver" ^_^). Apprentissage auprès d'un chef aussi étoilé qu'intransigeant ("Z" est un personnage trop chouette, avec son agneau rôti + chutney à la menthe + pêches à l'ancienne ou encore sa pizza à la fraise-tomates-basilic), mea culpa familial, tentative de reconquête amoureuse : Sunshine trouvera-t-elle enfin la recette magique ? (4ème de couverture)

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Si j'ai franchement détesté l'héroïne dans les premiers chapitres, j'ai salué sa métamorphose. Evidemment, la place accordée à la cuisine m'a également emballée. Mais, au final, j'ai surtout apprécié le style, concis, efficace, percutant : les facilités du genre sont évitées, les relations entre les protagonistes sont toujours plus complexes qu'il n'y paraît. En ce qui concerne l'aspect critique sociale, ce livre nous met face aux illusions de la toile... Bref, une lecture en partie inattendue et fort agréable.
362 pages

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Pour ce qui est de la littérature jeunesse, tout a commencé lorsque, début avril, est arrivé chez nous ce merveilleux colis coloré-sucré, très gentiment concocté par Blandine :

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Parmi les surprises qui nous étaient destinées, se trouvait le génialissime album💗 Ana Ana, Déluge de chocolat signé Alexis Dormal et Dominique Roques : William s'et bidonné de rire à chaque lecture (vous l'avez peut-être vu dans cette vidéo et vous pouvez deviner la p'tite main lardonesque qui essaie déjà de s'emparer du livre pendant la photo) - et nous aussi !

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Il faut dire que cet ouvrage raconte comment une petite fille haute comme trois pommes tente de donner une leçon de "gâteau au chocolat" à un tas de créatures aussi marrantes qu'indisciplinées (Zigzag le lapin, Pingpong le pingouin, Goupille le renard, Grizzou l'ourson, Baleineau et Touffe de Poils le... la... enfin le monstre rigolo vert, quoi ;-p) et le résultat est terrible !! ;-D Un délice d'humour et de gaieté. Merci encore, Blandine ! ^_^

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(ça, c'est la cuisine d'Ana Ana AVANT ^_^)

Ensuite, j'ai encore fait pas mal de tri dans mes livres, et notamment parmi mes ouvrages scolaires. En rangeant, je suis tombée sur plusieurs textes liés à la cuisine que je n'avais encore jamais lus (pour certains, il était temps puisque je m'apprêtais à leur dire un au revoir définitif). J'ai donc ainsi souri avec le sketch "Le Pot-au-feu" de Roland Dubillard (1923-2011) et avec celui des "Croissants" de Fernand Raynaud (1926-1973). Côté fabliaux médiévaux, j'ai relu avec plaisir "Le curé qui mangea des mûres" et "Les perdrix". Ca m'a fait penser qu'il faut que je lise La farce du pâté et de la tarte !

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Un petit livre m'a charmée au passage :
Une histoire à toutes les sauces de Gilles Barraqué
(dont j'avais déjà apprécié La loi du Roi Boris).

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Le principe est simple : à l'instar de Raymond Queneau (et en célébrant la saveur des mots à la manière d'un autre Raymond, Devos cette fois), l'auteur part d'une très brève anecdote (un chat qui finit dans un bassin en essayant d'attraper un oiseau ; il la propose d'abord "sans sauce" au début) et la réécrit à l'infini, de diverses façons : "Recettes du monde", "Recettes selon l'humeur" ou "Recettes expérimentales"...

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Vous pourrez retrouver toutes les versions dans "A table, les matières !". ^_^ Explorations et jeux sur les genres, sur les lettres, sur les sens, bref sur notre belle langue française (j'ai aussi pensé à Robert Desnos), choix typographiques réjouissants (Guillaume Apollinaire n'est pas loin non plus) : franchement, je me suis bien amusée au fil de ces 119 pages !

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Pour terminer, pendant les dernières vacance, sj'ai donné à lire à mes 6èmes Le Roman de Renart, sous forme d'extraits, dans cette édition-là (on avait au préalable présenté l'oeuvre et fait quelques lectures d'autres aventures de ce chenapan de goupil en classe, avant le re-confinement). Ah ! Les bonnes anguilles, les harengs, les poules volées et croquées (Pinte en est folle de rage), les chapelets de saucisses, le fromage, les bons jambons suspendus pour sécher... Il faut dire que ce vicieux Renart a toujours l'estomac dans les talons et plus d'un tour dans son sac ! La faim et la nourriture sont les raisons principales de ces divers et nombreux larcins, ou bien c'est le thème de ses innombrables mensonges, à la base des pièges qu'il tend aux uns et aux autres :

"Dès le premier coup de midi [dit-il à Brun l'ours], je m'étais fait mitonner un plat de pois au lard, dont je me suis bien régalé ! J'ai même eu du dessert, tenez : j'ai bien mangé pour sept deniers de miel nouveau en rayons tout frais !"

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Côté théâtre, le clafoutis pomme/poire de Véronique ("Véro") dans Le Dieu du carnage de Yasmina Reza, pièce de 2008 décapante et atypique lue avec mes élèves de 3ème avant d'entamer Antigone, on en parle ? ;-p

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Voilà pour cette sélection. Bon appétit ! ^_^

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(billet 2021 n°12)