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Le thème du jour suggéré par Titine est : BLACK LIVES MATTER.

A ce propos, j'avais découvert il y a deux ans les beaux romans La dernière fugitive de Tracy Chevalier et Underground railroad de Colson Whitehead ; l'année passée, je m'étais régalée devant le merveilleux long-métrage "Les figures de l'ombre". Aujourd'hui, on abordera deux autres films, deux oeuvres à la fois engagées et typiquement américaines, tant par les histoires qu'elles racontent (révoltantes mais inspirantes aussi) que par les personnalités qu'elle rassemble... (ok ok, Alan Rickman était britannique mais c'était mon Alan alors il a sa place où il veut sur le choco-blog ^_^)

💖 "Le Majordome" (2013)
de Lee Daniels
(bande-annonce)

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Il fut un temps où Totoro, passionné de Septième Art, tenait un blog de cinéma. Il m'a autorisée à aller fouiner sur ce site désormais en sommeil pour exhumer sa chronique consacrée au magnifique film "Le Majordome" qu'il a vu pour la première fois dans l'avion nous menant dans l'Ouest des Etats-Unis, en février 2014 (il l'a ensuite vu avec moi à la maison, puis avec ses lycéens...). Un superbe film qui retrace l'un des aspects les plus indignes de l'histoire américaine, dénonçant l'esclavage, le racisme et l'injustice, tout en donnant à tous une leçon de courage, de tolérance et de dignité !
Je laisse donc la parole à ma tendre moitié... ^_^

C'est en me rendant aux USA que j'ai découvert le dernier film de Forest Whitaker, Oscar du meilleur acteur 2006 pour "Le dernier roi d'Écosse". J'étais bizarrement passé au travers de ce film lors de sa sortie. Pourtant, le sujet est de ceux que j'affectionne particulièrement. Sorti en 2013, "Le Majordome" propose un casting de haute volée. Ce qui est rassurant, c'est que le casting n'est pas là pour dissimuler un vice caché.

"Le Majordome" raconte la vie de Cecil Gaines, fils d'esclaves qui devient donc majordome. Il finit par travailler à la Maison Blanche, où il restera de 1952 à 1986, au service de 7 présidents différents. L'histoire de cet homme est inspirée par celle d'Eugene Allen.

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Forest Whitaker est excellent. Dans un rôle tout en retenue et en non-dits, il est l'incarnation parfaite
du majordome impassible qui voit défiler autour de lui une société en transformation.

Ce qui est intéressant avec ce film, c'est qu'il se veut être une vignette d'histoire. A travers le regard du Majordome, on voit les différentes facettes de la société, on la voit évoluer et se transformer. Prendre le parti de ce point de vue est d'autant plus judicieux que l'histoire américaine était alors en grande question sur les droits civiques des afro-américains.

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Le casting de la famille de Cecil est superbe, particulièrement pour la révélation Oprah Winfrey
en femme battante mais fragile.

Le Majordome n'est pas le seul personnage intéressant car le réalisateur Lee Daniels a intelligemment intégré d'autres points de vue contemporains à l'intrigue. La femme de Cecil, en femme blessée mais luttant pour sa famille, est spectatrice de tout ce qui gravite autour d'elle. L'aîné des fils, impliqué dans la lutte pour les droits civiques des Noirs, montre une tout autre facette de la situation des minorités de cette époque. On pourra noter également au casting une Mariah Carey méconnaissable et un Lenny Kravitz tout en sobriété.

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Que dire du casting présidentiel ? De Robin Williams en Eisenhower à Alan Rickman en Reagan en passant par James Marsden en Kennedy, on en prend plein les yeux. Sans voler la vedette au héros, ils apportent une touche d'humanité Ã  toutes ces figures historiques.

J'ai, pour ma part, beaucoup aimé les relations qu'entretient le Majordome avec tous les présidents. Jamais les mêmes, et pourtant basées sur la confiance, elles sont le fil conducteur de l'oeuvre. Le casting fabuleux de ces hommes de pouvoir y est pour beaucoup : on s'y croirait, entre les maquillages et l'interprétation toujours irréprochable.

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"Le Majordome", c'est l'histoire d'un combat silencieux, d'un combat qui se livre sur une vie,
avec des larmes retenues et des coups reçus mais jamais donnés. 

Ce que j'ai adoré dans ce long-métrage, c'est sa retenue. Que ce soit dans le jeu d'acteur comme dans les images, choisies et calibrées pour ne jamais être vulgaires, on appréhende un pan de l'histoire américaine sous tous ses angles. Bref, si vous voulez voir et comprendre sans jamais tomber dans la critique facile et abrupte, je ne peux que vous conseiller ce film. Un très grand film !

💖 "Green Book, Sur les routes du Sud" (2018)
de Peter Farrelly
(bande-annonce)

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Chronique de moi (Totoro ne l'a pas encore vu mais je sais déjà qu'il va adorer).
Autre histoire vraie, autre petite merveille ! Automne-hiver 1962. Tony "Lip" (Viggo Mortensen, quel bide !), videur dans un night-club connu de tous les mafieux de NYC, père de famille d'origine italienne, ayant toujours vécu dans le Bronx, tchatcheur, gentiment bébête, cogneur au grand coeur mais qui a constamment du mal à joindre les deux bouts et un peu raciste sur les bords, est engagé par Don Shirley (Mahershala Ali, quelle prestance !), éminent pianiste résidant à New York lui aussi : cet homme de couleur droit, élégant, cultivé, raffiné, réfléchi mais terriblement seul, part pour une tournée de 2 mois avec ses 2 musiciens jouant respectivement de la basse et du violoncelle.

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Le trio doit honorer une série de concerts privés dans les Etats du Sud (en commençant par la Pennsylvanie avant d'obliquer vers le Kentucky, l'Iowa, la Caroline du Nord et enfin l'Alabama), des Etats où le passage s'annonce délicat parce que la ségrégation raciale y est particulièrement marquée. Pour ce faire, la maison de disques de Shirley demande à Tony de planifier leur parcours et leurs haltes à l'aide du Green Book, un guide de voyage à destination des noirs qui a bien existé et qui leur assurait des séjours "sans problèmes"...

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Quelle belle relation, quels merveilleux enseignements et quel film admirable ! Tout m'a plu, du jeu des acteurs (Viggo Mortensen est phénoménal en rital glouton et gouailleur) aux paysages traversés, en passant par les scènes de vie familiale et les moments plus durs qui amènent le musicien à dire lui-même : "You never win with violence. You only win when you maintain your dignity."

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Enfin, ce long-métrage trouve tout à fait sa place dans le challenge Des livres (et des écrans) en cuisine car Tony ne pense (presque) qu'à manger (bon, il pense aussi à conduire, à sa femme Dolores, à tenir ses promesses et à vivre pleinement, tout simplement) - j'ai adoré la scène de l'authentique Kentucky Fried Chicken (KFC pour les intimes ;-p). Bref, je comprends pourquoi ce petit bijou a obtenu 3 Oscars !

tenor

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